Août 1944 : à chacun son histoire…

Libération de Paris. Ph : domaine public.

Comme vous n’êtes plus sans le savoir, on célèbre cette année le centenaire du début de la Première Guerre mondiale (14-18). Celle qui fut la première du genre (mondiale), très moche, faucheuse à souhait, terrible. Mais j’ai déjà évoqué la « Grande Guerre ». Parallèlement, la France célèbre également cette année ce que l’on nomme « la Libération », suite au débarquement des Alliés en Normandie, relatif cette fois à la Seconde Guerre mondiale (39-45).

Célébrations : la fête du storytelling 

Chaque ville, chaque village de France sentit ce vent de liberté, même s’il fut accompagné de bombardements, parfois radicaux, particulièrement dans la moitié nord du pays. Aujourd’hui, et c’est tout naturel, les festivités font ressortir les jeeps, les drapeaux stars and stripes, les flonflons et les sympathiques airs de jazz. C’est le cas à Vannes, en Bretagne, qui fête donc les 70 ans de sa libération. Au loin, la liesse sympathique bat son plein, en accord avec le calendrier. (Chronologie de la Libération).
C’est très bien de célébrer une victoire et de parader dans les rues en klaxonnant. Les plus âgés racontent qu’ils y étaient et combien c’était émouvant de vivre cette délivrance. Pour autant, la mémoire n’a pas vocation à raconter uniquement de belles histoires.
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Afin de rééquilibrer la vérité – et parce que l’on a tôt fait d’oublier l’envers du décor, qui fait aussi partie de l’histoire –, je voudrais partager ce que ma maman nous a raconté l’autre jour à table, alors que nous bavardions sur le sujet, un sujet qui, nous sommes bien d’accord, marque encore les esprits. Alors lycéenne, elle a pu voir le Général de Gaulle en 1945 : « On ne pouvait pas le rater, c’était lui le plus grand ». La venue et le défilé dans la plupart des villes de France, de celui qui était alors considéré comme un héros, offrait un moment important, essaimant l’espoir de retrouver une vie normale. Mais bien avant ce passage inscrit au planning d’une tournée nationale, l’Ouest avait été libéré dès l’été 1944…

C’est quoi la guerre ?

Ma mère, qui se trouvait donc à Vannes à la fin de la guerre, nous raconte que par un jour d’août 44, elle croise un camion et voit un groupe de très jeunes prisonniers d’origine des pays de l’Est, sans doute embrigadés malgré eux par l’armée allemande. « Certains avaient l’air d’adolescents ». De pauvres jeunes que des Français emmenaient vraisemblablement vers la prison… Soudain, le son de la mitraillette retentit ! Quel choc, alors qu’elle venait juste de les voir. Ils n’eurent aucune chance et furent exécutés sur le champ. Le civisme à la mode française…

Il faut le dire et le rappeler, rien de plus choquant que ce genre de pratique ! Aucune forme de justice règlementaire, bien que l’ennemi était pourtant avéré vaincu localement (les chars alliés étaient déjà arrivés en ville). La vengeance a le même visage partout hélas. Certes, la guerre est difficile, voire abominable, pour ceux qui la subissent ; mais reproduire des actes inhumains n’a jamais rien résolu, en dehors de répondre au réveil haineux d’un cerveau reptilien.

Après une recherche sur le Net, j’ai trouvé ce jour un document que la ville de Vannes a édité en 2004, lequel aborde justement la libération de cette ville en août 44, avec également les aspects moins glorieux. Le texte en vert fait mention de cet épisode : des « soldats géorgiens », qui s’était rendus d’eux-mêmes, ont été ramenés en camion à Vannes et fusillés devant la prison, le 5 août. Il confirme ainsi l’expérience personnelle de ma maman !

Inutile de dire que ce jour-là, elle rentra chez elle très secouée et eut du mal à dormir pendant un certain temps. En nous révélant cet autre aspect de son vécu de la guerre, qu’elle n’avait jamais évoqué, il lui semblait encore entendre cette fusillade comme si c’était hier. En l’écoutant en parler, nous avons eu la chair de poule, avec un mélange de colère, de tristesse, de dégoût et de honte. 

Partager un témoignage permet aussi de nous confronter à tous les travers humains et de regarder l’Histoire en face.

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