11-Novembre : des millions d’histoires sur la 1ère Guerre mondiale

Arian_helmet_1Aujourd’hui, j’ai envie d’évoquer Joseph, mon grand-père maternel, que j’ai connu dans mon enfance. Il se trouve qu’il a fait 14-18. « Grand-père » comme on l’appelait ne parlait jamais de la Première Guerre mondiale. La seule histoire le concernant que j’ai entendue plusieurs fois, est la suivante :

Avec d’autres jeunes Bretons (nombreux), il fut mobilisé dès août 1914, alors qu’il terminait deux ans de service militaire. Et c’est depuis son Morbihan natal qu’il partit au front rapidement. Heureusement pour lui, il fut blessé et fait prisonnier deux mois seulement après le début de la guerre…

À chaque soldat son destin

Remplaçant courageusement son capitaine blessé, mon grand-père dirigea son bataillon dans un affrontement nourri. C’est au cours de ce très dur épisode qu’il tomba. Autour de lui, des centaines de soldats des deux nationalités morts ou gémissant, tous collés au sol boueux d’un automne dévastateur. (Voir le compte rendu officiel.)

La nuit venue, seul moment de trêve, dès qu’ils le pouvaient (parfois après plusieurs heures), les Allemands avaient l’habitude de venir chercher leurs hommes, qu’ils fussent tués ou blessés. Mais ils ramassaient également les soldats Français blessés et les soignaient de la même manière que les leurs avant, bien sûr, de les faire prisonniers.

C’est ainsi que mon grand-père, après trois jours « laissé pour mort » par le camp français, sur ce champ de bataille, fut transporté en arrière des lignes allemandes. Assez fortement touché à la jambe (entre autres), il eut la chance d’être très vite pris en main par un excellent chirurgien alors que le tétanos frappait déjà à la porte, comme on le lui expliqua plus tard. À ce stade de l’histoire, on se dit que pour le sauver, il allait être quitte pour une jambe coupée…

C’était sans compter sur la qualité des soins qu’il reçut ainsi que sur sa propre robustesse : non seulement il garda sa jambe, mais il recouvrit rapidement la santé, sans séquelles visibles, hormis quelques bouts de grenaille qu’il conserva toute sa vie quelque part dans sa jambe… (Mais des trous dans le dos réveillèrent des douleurs et il fut de nouveau opéré par la suite fin 1919, conseillé par son frère médecin).

Une guerre vécue « de loin »

Une fois debout, en 1915 et au plus fort de cette guerre des tranchées, mon grand-père fut donc déclaré prisonnier des Allemands. Ces derniers l’envoyèrent à la campagne, dans une ferme où il fut utilisé aux travaux des champs et ce jusque la fin de l’année 1918 ! Il revint donc sain et sauf, contrairement à des millions d’autres soldats, tous pays confondus.

Il a eu beaucoup de chance. Le peu de temps passé au front a suffi pour qu’à plusieurs reprises, il soit félicité par les généraux pour sa bravoure et ses prises de décision, puis décoré (« cela me fait une belle jambe… » comme il disait) ; mais cela a aussi et surtout suffi pour qu’il ne nous parle jamais de cette guerre épouvantable.

Mon grand-père était un homme cultivé et sensible : le fait d’avoir à combattre – avec la conscience de devoir éventuellement ôter la vie à un confrère européen – a dû beaucoup l’affecter, et j’imagine que c’est aussi une des raisons pour lesquelles il parlait peu. Comme des millions d’autres, il était là pour « servir son pays » comme on dit.

Pour les jeunes, 100 ans, c’est Mathusalem

Pour la jeune génération, la guerre 14-18 est un conflit très lointain. Mais la barbarie n’est pas terminée. Quelle que soit l’époque, quels que soient les pays, les conflits ont toujours la même couleur, celle du sang et du malheur.

Tous les 11 novembre, je pense à mon grand-père, qui a vécu jusqu’en 1977. Un homme si bon et si gentil, que j’aimais accompagner quand on faisait le tour de son jardin. Au moment de repartir, il nous glissait toujours à ma sœur et moi, une petite pièce de 5 francs au creux de la main.

Voilà la modeste histoire d’un soldat de la Première Guerre mondiale, parmi des millions d’autres récits qui ont parsemé la « grande » Histoire.

J’aurais tout aussi bien pu raconter le courage de mon arrière-grand-père paternel François, journaliste, Capitaine durant 14-18, si dévoué à ses hommes qu’il retournait au front pour donner son masque aux plus jeunes en train de suffoquer (sans espoir bien sûr). Il fut par conséquent lui-même gazé et finit par en mourir vingt-cinq ans plus tard…

Pour qui, pourquoi ?

Mais ne soyons pas dupes : les syndicats ouvriers qui prenaient de l'importance dans toute l'europe et même au-delà, au début du XXe siècle, appelant à se grouper (lire la date de 1913), étaient mal perçus par les dirigeants et les patrons. Alors pourquoi ne pas "diviser pour mieux régner"... (à propos de cette raison). On connaît la suite.

 

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